« J’écris pour écrire »

Quid de cette interrogation ultime de l’écrivain ? Pour quelle raison avons-nous le désir d’écrire ? Un torrent de considération me viennent en tête en réfléchissant à ce sujet. La littérature est un art, une exploration de l’humain véhiculant un sens, un message qu’il est important de ne pas omettre au profit de l’esthétique, de la technique. En ce sens, il est aberrant d’entendre des auteurs venir clamer qu’ils écrivent pour écrire. Cela pose un sérieux problème de réalisation artistique. Le « beau » n’est rien sans le message et vice-versa. Travailler son texte, le construire est une chose essentielle pour le rendre attrayant et disponible au plus grand nombre. Mais l’esthétique ne vaut rien si aucun but n’est atteint à la fin de la lecture.

Écrire est-il vain? Si on se fie à l’œuvre de Joseph Campbell, le Héros aux mille et un visages, l’homme a, de tous temps, réitéré le même schéma narratif dans les romans et nouvelles depuis les débuts de l’écriture . Un être confronté à la perte ou un obstacle inattendu part en quête d’une solution et se découvre une force intérieure inattendue. Sommes-nous condamnés à nous buter à recommencer une histoire que nous ne parvenons pas à transcender? Ou alors, au contraire, faut-il voir cette répétition comme des psalmodies, une forme de prière païenne tendant le divin résidant au fond de nous? Quoi qu’il en soit, il est clair que la base commune à tout écrivain réside dans l’humain transcendé par l’épreuve, par l’histoire elle-même et non l’esthétique.

Victor Hugo pensait, et sans doute à juste titre, que la littérature ne pouvait se sublimer à son apogée que s’il était mis en contraste avec le grotesque des situations anodines. On peut rendre de manière plus générale l’idée développer par cet auteur en mettant en avant nos réflexions précédentes. Et si le sublime, le génie, résidait dans le récit, le fond de l’œuvre? Et si le grotesque résidait dans sa forme, les atours, le maquillage sur la face publique? Ainsi donc, dans une pensée totalement contraire, l’idée devient sans doute l’acte le plus transcendant d’un texte.

Mais les choses ne sont pas aussi radicales. C’est un jeu de séduction subtile. Multiplier les figures de style pour rendre agréable la lecture aux yeux du lecteur. Se concentrer sur un but précis pour conquérir le coeur du public. Mais le sublime peut être donné par la forme et le grotesque par l’idée (exemple: un poème lyrique sur mes chaussettes). C’est cela l’art, et écrire. C’est un tout qui unifie l’essentiel et le trivial.

La question nous revient comme un boomerang: pourquoi désirons-nous écrire ? Car nous parlons depuis le début de l’humain et l’homme n’est pas une pensée unique. Chaque roman est une nuance du mythe fondateur de la littérature, comme une déclaration de sa propre vision de l’humanité. Nous n’écrivons pas juste pour poser le stylo sur la feuille. Le désir d’un écrivain se tient dans cet état d’esprit bien moins factuel que d’accoucher de pages dans la douleur en forçant le style dans un texte néant de sens. Nous écrivons pour nous-mêmes et sur nous-mêmes.

Laisser un commentaire

Gaelle Cathy |
Fairyrebel |
Lestheoriesdecrocodile9335 |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Textesromansnouvelles
| Parolesdestagiaires
| Justehumaine